10/12/2007

Bolivie • Paysans contre «provinces autonomes» ...

Ces deux dernières semaines, la ville de Cochabamba (1 million d'habitants), au centre de la Bolivie, a été le cadre d'affrontements violents. Que s'est-il passé ?

André Crespin
24-01-2007

À Cochabamba, des paysans boliviens exigent la démission du préfet Reyes Villa et montrent leur soutien au président Morales. (Photo Belga)


Le préfet du département de Cochabamba, Manfred Reyes Villa, ancien militaire reconverti en politicien s’opposant au président progressiste Evo Morales, s’est déclaré ouvertement partisan de l’indépendance du département de Santa Cruz. Ce département, le plus riche de Bolivie, abrite la deuxième plus grosse réserve gazière du pays. Reyes Villa a par ailleurs annoncé qu’il allait organiser un référendum pour que les cochabambinos se prononcent sur une future autonomie de leur département. Pourtant, les habitants du département se sont déjà prononcés sur ce sujet il y a sept mois (en votant contre à 55 %). Cette double déclaration a suscité l’indignation des organisations paysannes de Cochabamba, qui veulent que les bénéfices dégagés de l’exploitation gazière profitent au pays tout entier.

Les paysans sont alors descendus des montagnes vers la ville afin d’exiger la démission du préfet Reyes Villa. Avec les habitants des quartiers populaires de Cochabamba (ville), ils ont d’une part bloqué les principaux axes routiers et ont d’autre part tenté de déloger Reyes Villa de sa préfecture le 11 janvier. La répression policière fut violente et les infrastructures de la préfecture furent endommagées par les manifestants.

En réaction à ces événements, l’opposition de droite menée par les fonctionnaires de la préfecture, a appelé à une « marche pour la paix » pour le lendemain. Marche qui a dégénéré en véritable expédition punitive... Elle a regroupé les fonctionnaires de la préfecture, des jeunes de quartiers riches de Cochabamba et des militants fascistes de Santa Cruz venus spécialement en avion pour l’occasion. Armés de battes de base-ball et de chaînes en acier, ils ont brisé le cordon policier qui les séparait des paysans qui n’avaient que leurs mains nues pour se défendre. Le bilan de l’affrontement est de deux morts (un de chaque côté) et 240 blessés, principalement parmi les paysans.

Reyes Villa a refusé catégoriquement de démissionner et prétend qu’Evo Morales est l’unique responsable de la mort des deux manifestants ainsi que de la dégradation de la situation. Entre temps les tensions ne s’apaisent pas et des événements identiques pourraient se présenter bientôt à La Paz et à Santa Cruz où la pression monte.

Le président Morales n’est pas resté sans réaction : « En raison de l’absence d’autorité à Cochabamba, j’ai donné mission à l’armée de garantir la sécurité dans la ville. Elle doit également enquêter sur les événements de la semaine dernière afin de pouvoir sanctionner les responsables. » Morales a également qualifiée d’irresponsable l’attitude du préfet de Cochabamba, Reyes Villa.

L’ambassade des USA mène la danse

Depuis octobre, Philip Goldberg est le nouvel ambassadeur des états-Unis à La Paz. Il a officié de nombreuses années en Yougoslavie. D’abord en Bosnie, de 1994 à 1996, à l’époque où l’Europe et les USA étaient accusés d’y fomenter la guerre civile. En compagnie de Richard Holbrooke, Goldberg avait dirigé les négociations avec le président de l’époque, Milosevic, concernant la scission de la Yougoslavie. Depuis 2004, Goldberg travaillait au Kosovo, y œuvrant cette fois à la scission entre la Serbie et le Monténégro et, jusqu’au moment de son départ, il a été impliqué dans les pourparlers sur l’indépendance du Kosovo.

En Bolivie, il apparaît que l’ambassade des USA est directement impliquée dans la politique de séparatisme menée par l’opposition. Le jour des échauffourées de Cochabamba, Reyes Villa n’était pas présent dans sa ville. Il était à La Paz, en réunion avec les quatre préfets des provinces orientales qui se sont proclamées « autonomes » ainsi qu’avec des représentants de l’ambassade des USA. Par la suite, il a refusé de regagner Cochabamba. Il a préféré s’exiler à Santa Cruz, la province d’où est dirigé tout le travail de sape contre Evo Morales.

Le dimanche 11 février, intal et arlac organisent « 8 heures pour la Bolivie » au Pianofabriek, rue du Fort 35, 1060, Saint Gilles. De 16 h à 22 h 30, entrée 2 euros. Info et réservation : arlac[at]arlac.be ou 0478/53.15.28.

20:34 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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