10/12/2007

«Les Indiens ne sont plus des citoyens de seconde zone!»...

Interview :: Roberto Tardío du ministère de la Santé bolivien

Le docteur Roberto Tardío explique comme le MAS, le parti d'Evo Morales, a grandi et a pris de l'importance auprès du peuple.

Pol De Vos
24-10-2007

Vous êtes très engagé dans la lutte des paysans. Pourquoi ?

 

Roberto Tardío. En tant que médecin, j’ai toujours voulu aider les paysans, j’étais très touché de voir la discrimination dont la population indienne faisait l’objet dans les hôpitaux publics. Ils y étaient vraiment mal traités. J’ai souvent soigné des paysans blessés lors de manifestations ou de confrontations avec l’armée.

 

Comment Evo Morales, un paysan indien, a-t-il pu devenir président de Bolivie ?

Roberto Tardío. Beaucoup de paysans venus des plaines de l’est travaillaient autrefois dans les mines des montagnes. Lorsque les mines ont fermé, des milliers d’anciens mineurs sont partis à l’est à la recherche d’un nouvel avenir en agriculture. Evo Morales vient lui aussi de la zone minière des Andes. Forts de leur expérience syndicale, ils ont développé des organisations de paysans puissantes. Evo Morales a commencé comme responsable des sports.

 

Mais il est mondialement connu comme le leader des cultivateurs de coca…

Roberto Tardío. C’est vrai. La feuille de coca est, conformément à la tradition, un produit de consommation courante en Bolivie. C’est un excellent anti-douleur, elle est aussi utilisée contre les maux d’estomac, etc. Cela n’a donc rien à voir avec la production de cocaïne qui nécessite un processus de transformation chimique complexe auquel les paysans n’ont pas accès. Les USA ont obligé le gouvernement bolivien à combattre la culture de la feuille de coca sans proposer aux paysans un gagne-pain alternatif. C’est pour cette raison qu’ils se sont organisés et qu’Evo Morales est devenu leur leader dans ce combat. Son influence en tant que leader de l’opposition n’a cessé de croître jusqu’à ce qu’en 2005, il soit élu président. Grâce aux Etats-Unis pourrait-on dire… (rire)

 

Derechos Indígenas Evo Morales, président de la Bolivie rencontre les autorités indigènes et les commandants paysans (18 juin 2007). (Photo www.redindigena.info)

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A-t-il pu améliorer les conditions de vie des paysans ?

Roberto Tardío. En nationalisant l’exploitation gazière, il a permis à l’Etat d’avoir les moyens nécessaires pour améliorer les soins de santé et développer, par exemple, une assurance maladie générale.

Aujourd’hui il existe déjà une sécurité sociale pour les personnes âgées à partir de 60 ans, dans un premier temps, nous allons l’étendre à tous jusqu’à 21 ans. Plus tard, nous espérons pouvoir l’étendre à tous les âges.

Nous avons réalisé de beaux progrès dans la lutte contre l’analphabétisme, une lutte importante car les analphabètes ne sont pas associés au développement du pays. Evo Morales lutte également contre la corruption et le blanchiment, c’est pourquoi il a supprimé le secret bancaire. Et une réforme agraire radicale est en cours.

Le fait que les enfants de paysans puissent obtenir une bourse pour faire des études, même à l’université, est une autre belle réalisation.

Nous visons en outre d’autres changements structurels que l’on obtiendrait grâce à une nouvelle constitution, à savoir, une démocratie plus participative, un frein à la privatisation, un plus grand rôle de l’Etat sur le plan économique, etc.…

 

On dit que l’assemblée constituante (le parlement) se trouve dans une impasse.

Roberto Tardío. Il faut une majorité des deux tiers pour que la constitution soit votée et le MAS ne l’a pas. L’opposition peut arrêter ou bloquer les propositions qui limitent le pouvoir des élites par une discussion absurde sur qui de La Paz ou Sucre doit être la capitale de la Bolivie. Ce qui occasionne un certain retard. Néanmoins les propositions qui ne pourront être approuvées avec une majorité des deux tiers au 14 décembre 2007 feront l’objet d’un referendum national.

 

Au Venezuela, l’opposition a aussi tenté de boycotter l’économie.

Roberto Tardío. C’est une autre paire de manches. Certains secteurs voudraient spéculer, par exemple avec le prix de la viande. Mais en se procurant de la viande moins chère en Argentine et en la commercialisant, nous avons pu casser cette spéculation. De même, les boulangeries industrielles voulaient doubler le prix du pain en raison d’une légère augmentation du prix de la farine. Nous avons alors construit de nouvelles boulangeries qui concurrencent les boulangeries privées. Et le peuple est content puisque leurs pains sont meilleurs, plus grands et moins chers…

20:23 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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