15/12/2007

Venezuela • Chávez nationalise des secteurs stratégiques ...

Hugo Chávez entame très fort son deuxième mandat :« Tout ce qui a été privatisé sera à nouveau nationalisé ».

Pol De Vos
17-01-2007

Il s’agit des entreprises publiques de certains secteurs stratégiques, privatisées sous les précédents gouvernements1. Dont la société de télécommunications CANTV (l’équivalent vénézuélien de Belgacom), la plus grosse firme du pays, privatisée en 1991 et aujourd’hui contrôlée par la firme américaine Verizon.

Chávez veut changer la Constitution pour donner au gouvernement la possibilité de mener une politique économique et financière. ça ne plaît pas aux multinationales. (Photo Xinhua)

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Figurent également sur la liste de Chávez les compagnies d’électricité. La plus importante d’entre elles, EdC (Electricidad de Caracas), alimente la capitale Caracas et est propriété de la société américaine AES Corporation.

La compagnie pétrolière d’Etat, PDVSA, doit en outre retrouver une participation majoritaire dans sa collaboration (joint-ventures) avec des multinationales pétrolières. Ce problème n’a pas encore été réglé durant la période précédente. Les contrats avec ces firmes prévoient la production de 600 000 barils par jour, soit 18 % de la production totale du Venezuela. Sont entre autres visées ici les sociétés américaines Exxon-Mobil et Chevron, la française Total et la britannique BP2.

Limitations pour la Banque centrale, néolibérale

Dans la nouvelle réforme de la constitution, Chávez propose en outre de supprimer l’indépendance de la Banque centrale. Cette indépendance que Chávez qualifie d’« instrument du néolibéralisme » empêche le gouvernement de mener sa propre politique économique et financière. Du fait qu’elle peut suivre son propre cours, la Banque centrale parvient entre autres à imposer les dictats des marchés financiers.

Ensuite, Chávez veut également modifier l’article de la constitution qui stipule qu’un président ne peut exercer au plus que deux mandats.

Dans une réaction extrêmement modérée, un porte-parole du Département d’État américain a fait savoir que « l’histoire a prouvé qu’en général, les nationalisations n’étaient guère profitables à la population »3.

Dans les bidonvilles de Caracas, on ne voit guère de visages renfrognés. Bien au contraire : les gens soutiennent la politique de leur président. Ces mines déconfites se rencontraient plutôt dans les principaux quartiers des multinationales mentionnées et dans quelques quartiers huppés de la capitale où l’on se rend compte que ces mesures risquent de rogner une grosse part du pouvoir économique de la bourgeoisie.

Le Projet national Simon Bolivar

Chávez parle du début d’une nouvelle ère, le Projet national Simon Bolivar 2007-2021. Ce projet doit aboutir à « un socialisme bolivarien nécessitant un niveau plus élevé d’enjeux et d’engagement, de clarté et d’efficacité, de qualité révolutionnaire »4.

Si, au cours des prochains mois et années, Chávez met ces plans en pratique, l’influence économique des États-Unis (et de l’Europe) au Venezuela continuera à régresser. Il est peu probable que Washington laisse faire sans sourciller… Aussi la confrontation avec les États-Unis et l’Europe risque-t-elle d’ici peu de se durcir. Tout semble indiquer que les Vénézuéliens défendront bec et ongles leur droit à décider eux-mêmes de leur propre avenir.

1 Gregory Wilpert. Chavez Announces Nationalizations, Constitutional Refom for Socialism in Venezuela. 8 janvier 2007. www.venezuelanalysis.com • 2 Emilio Marin. Relaciones con estados unidos será, aún más tirantes. www.laarena.com.ar. 11 janvier 2007. • 3 Webb-Vidal & Guy Dinmore. Stocks plunge on Venezuela utilities fears. Financial Times. 10 janvier 2007, p. 3. • 4 Gregory Wilpert, op.cit.

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L’Etat vu d’en bas : les conseils de quartier

Le gouvernement vénézuélien renforce les conseils de quartier, les nouvelles formes de participation populaire lancées l’an dernier.En 2007, le gouvernement vénézuélien leur consacrera 5 milliards de dollars. Soit trois fois plus de moyens qu’en 2006. Une partie de cette manne est déjà nécessaire pour supporter l’augmentation attendue du nombre de ces conseils. Fin 2006, 13 000 d’entre eux étaient actifs. On s’attend à ce qu’ils soient environ 21 000 fin 20071. Ces conseils comptent chacun entre 200 et 400 familles. Le gouvernement veut ainsi créer un instrument démocratique autonome favorisant le développement local. Ces organisations démocratiques réunissent les anciennes formes d’organisation, tels les comités des terrains urbains (pour l’obtention de titres de propriété) et les comités organisant des projets sociaux. Ces conseils à la direction élue, doivent élaborer des programmes de développement au niveau des districts. Ils peuvent demander des fonds spéciaux pour des projets ayant trait à l’enseignement, la construction, les transports, les soins de santé, l’agriculture ou le logement. Hugo Chávez a expliqué qu’avec ces conseils, il entendait travailler à de nouvelles formes de pouvoir d’Etat censées remplacer progressivement les structures étatiques existantes. Selon Chavez, cet « État venu d’en bas doit démanteler » progressivement « l’État bourgeois », car ce dernier « a été instauré pour empêcher les révolutions ». Et d’ajouter qu’il veut désormais voir cette ancienne forme d’État se muer en « État révolutionnaire ».

1 Steven Mather. Venezuelan Government Announces $5 Billion for Communal Councils in 2007. www.venezuelanalysis.com. 10 janvier 2007.

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Le Venezuela promet son aide massive au Nicaragua

17 ans après sa défaite électorale historique de 1990, Daniel Ortega, dirigeant de la révolution sandiniste en 1979 et président du Nicaragua dans les années 1980, est redevenu président de son pays.

« Dans les 5 années à venir, le Nicaragua verra les résultats d’une véritable collaboration menée sur une base de solidarité. (…) Nous entendons contaminer l’Amérique latine avec notre modèle. » C’est en ces termes pleins d’assurance que l’ambassadeur du Venezuela au Nicaragua a fait savoir qu’Hugo Chávez tiendrait sa promesse de soutenir le Nicaragua (après Haïti, le pays le plus pauvre de l’Amérique latine) à l’aide d’un programme économique et social ambitieux.

Dans ce pays de 5,2 millions d’habitants, dont 40 % n’ont pas accès à l’eau potable, de tels propos requinquent le moral. Pour le président américain Bush, la victoire d’Ortega et la collaboration prévue avec le Venezuela constituent toutefois une énième tuile pour sa chasse gardée.

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10:55 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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