16/12/2007

L’opposition agite la menace du coup d’État ...

Bolivie :: La nouvelle constitution presque approuvée

Ce 9 décembre, l’assemblée constituante a approuvé la révision de la constitution. Mais l’opposition de droite brandit la menace d’un coup d’État.

Pol De Vos
12-12-2007

Un membre de l'assemblée constituante fête l'approbation du changement de la Constitution. Ce changement, qui doit encore être approuvé par un référendum, donne plus de pouvoirs à la majorité indienne du pays. (Photo Epa, Martin Alipaz)

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La nouvelle constitution, qui doit encore être confirmée par un référendum populaire, confère davantage de pouvoir politique à la majorité indienne et rend possible une réforme agraire profonde. Elle confirme également la nationalisation des richesses naturelles et garantit l’unité nationale du pays contre les plans de scission des départements, tel celui de Santa Cruz, où sont concentrées les richesses de la Bolivie. En outre, la Bolivie aura une économie différenciée : outre la propriété privée, la propriété d’État et la propriété communautaire figureront aussi dans la constitution. D’autres articles stipulent que l’État doit garantir que l’enseignement, les soins de santé et le sport soient accessibles à tous les Boliviens, sans la moindre distinction ni discrimination. Toutefois, toutes ces réformes manifestement démocratiques sont inacceptables aux yeux de l’opposition de droite.

La minorité riche de Bolivie vit depuis des centaines d'années dans une sorte de régime d’apartheid qui traite les paysans indigènes comme du rebut. En 2005, quand Evo Morales, lui-même d’origine indienne, a remporté les présidentielles avec 54 % des voix, les Boliviens aisés ont déjà ressenti la chose comme une sévère humiliation. Mais, aujourd’hui, la Bolivie connaît la meilleure croissance économique depuis 20 ans. En 2006, les rentrées des exportations ont grimpé à un record historique de 4 milliards de dollars, soit un bond de 44 % par rapport à 2005. Les rentrées fiscales ont crû de 46 % en 2006 et, avec 3,2 milliards de dollars, le pays possède une réserve plus importante que jamais. Avec les nouvelles rentrées, Morales a pris des mesures sociales, telles que l’octroi d’une allocation mensuelle de 26 dollars par enfant scolarisé dans les familles pauvres, une pension de 25 dollars par mois pour tous les Boliviens de plus de 60 ans, une campagne d’alphabétisation, etc.

Rien que des dépenses superflues, estiment les grands propriétaires fonciers et les riches Boliviens d’origine européenne, qui n’acceptent absolument pas de devoir partager leurs terres avec les paysans pauvres, ni de voir le pétrole et le gaz devenir des propriétés d’État et, en outre, de voir les recettes servir à payer les pensions… Inadmissible également à leurs yeux le fait que tout cela sera confirmé par la nouvelle constitution, laquelle, de plus, rend impossible le désir de scission des élites des provinces les plus riches.

L’opposition cherche la confrontation

L’opposition de droite contrôle les quatre provinces orientales, où vivent surtout les Boliviens d’origine européenne. Ces provinces détiennent les terres agricoles les plus riches, de même que les réserves de pétrole et de gaz. Elles couvrent 70 % du territoire bolivien. Par contre, 67 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Aussi la grande majorité des Boliviens soutient-elle Morales et son Movimento al Socialismo (MAS), qui réunit les cultivateurs indigènes de coca, les mineurs des provinces andines très pauvres et une part importante de la classe ouvrière et moyenne des villes.

Dans les provinces en révolte, des groupes paramilitaires sèment la terreur avec l’aide des autorités locales. Ils sont entraînés par des instructeurs provenant entre autres d’Israël et de Croatie. Et, tout comme au Venezuela, les riches locaux peuvent compter sur le soutien de l’ambassade des États-Unis. Lorsque le projet de révision de la constitution a été discuté lors du week-end des 24 et 25 novembre, des troubles ont fait quatre morts et plus de cent blessés. Quelques jours plus tard, l’opposition annonçait une grève de 24 heures dans six des neuf provinces.

Un référendum pour sauver l’unité

Le 6 décembre, le président bolivien Evo Morales tenait un discours télévisé dramatique dans lequel il annonçait un référendum visant à faire confirmer par les électeurs son mandat et celui des neuf gouverneurs de province. « Si les gens disent : ‘Evo doit partir’, cela ne me pose aucun problème », a déclaré Morales. Les quatre gouverneurs qui mènent la résistance contre la révision de la constitution ont déjà dit qu’eux aussi étaient prêts à mettre leur mandat en jeu. Mais ils continuent à s’opposer au vote sur la nouvelle constitution du 9 décembre. La menace de coup d’État ou de guerre civile continue donc à planer sur le pays. Une telle évolution signifierait une catastrophe pour le pays ainsi que pour tout le continent.

10:10 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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