16/12/2007

« Nous continuerons à renforcer le socialisme »...

Venezuela :: Chávez perd le référendum sur la nouvelle constitution

Malgré le fait que 50,7 % des électeurs aient voté contre la proposition de modification de la constitution. Chávez ne perd pas courage.

Pol De Vos
05-12-2007

Chávez se rendant au bureau de vote dimanche dernier. (Photo Sergio Di Mario)

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À 1 h 15 heure locale – 6 h 15 en Belgique – le résultat était connu. Le conseil électoral national avait reporté de plusieurs heures les premiers résultats, parce que la différence était très minime. Mais, finalement, avec 88 % des votes comptés, il a été annoncé que le NON avait remporté le référendum par 50,7 %, contre 49,3 % pour le OUI1.

H. Chávez a déclaré : « je comprends et accepte que soit rejetée la réforme que j’avais proposée. C’était une proposition entièrement élaborée dans tous les détails. Sans cette réforme, reposant donc sur notre actuelle constitution, nous continuerons à bâtir le nouveau Venezuela. Le fait que, malgré toutes les remarques, 49 % des électeurs ont opté pour ce projet socialiste, est un important bond qualitatif en avant. Notre lutte sera une longue lutte. Provisoirement, nous avons perdu ce combat pour une nouvelle constitution. Mais nous n’abandonnerons pas »

Pourquoi le soutien à cette nouvelle constitution a-t-il été insuffisant ? La question se pose de savoir si la campagne mensongère et les attaques politiques des USA et de l’élite proaméricaine ont été suffisamment contrées. La manipulation médiatique et les ingérences de l’étranger ont-elles été correctement évaluées et contrées ?

L’opération Tenaille

Il y a quelques jours, on découvrait un document émanant de Michael Steere, agent de la CIA résidant à l’ambassade des USA à Caracas, et analysant l’évolution de l’« opération Tenaille », un plan de déstabilisation contre Chávez2. Il s’avère que la CIA a fait du zèle dans son soutien à l’opposition pour qu’elle rejette la nouvelle constitution. Elle a dirigé une campagne de pub contre la constitution, y est allée d’actions psychologiques visant à influencer les gens et a collaboré avec des agences de presse et des médias nationaux et internationaux.

Ainsi, on a effrayé de petits commerçants en leur disant qu’ils seraient expropriés et que leur boutique allait devenir bien d’État. Un autre exemple absurde de la campagne anti-Chávez consistait en une pleine page de réclame intitulée : « Si vous êtes mère, vous êtes perdante ! Car vous perdrez votre maison, votre famille et vos enfants (les enfants deviendront propriété de l’État). » Cette publicité illégale a été interdite par le conseil électoral vénézuélien mais, entre-temps, elle avait déjà été reprise par tous les médias privés. La réaction de Chávez a été d’en plaisanter lors de ses nombreux discours, histoire d’en contrer l’influence.

Lors de sa réaction au résultat, le président Chávez a cité son grand exemple, Simon Bolívar, le combattant pour l’indépendance de l’Amérique latine du 19e siècle : « J’ai écouté la voix du peuple et je le ferai toujours. » Lors des élections présidentielles de décembre 2006, 7,3 millions de Vénézuéliens soutenaient encore Chávez. Cette fois, ils n’étaient que 4,3 millions. Nombreux sont aussi ceux qui sont restés chez eux (44 %). « Nous devons analyser cette situation. Nous ne sommes pas parvenus à atteindre ces personnes et nous devons donc voir ce qui s’est passé », a déclaré Chávez.

Chávez reste toutefois optimiste : « Cette défaite ne signifie sûrement pas que notre projet d’avenir a capoté. Non, sur base de la constitution actuelle, nous poursuivrons la construction d’un Venezuela qui se renforcera politiquement, économiquement, socialement et moralement. Mais cela se fera désormais plus lentement, avec davantage de difficultés. Nous sommes des combattants et nous n’abandonnerons pas l’idée de renforcer le socialisme. »

 

1 Radio nationale du Venezuela • 2 www.venezuelanalysis.com/news/2942 - 3 décembre 2007

 


Réactions

1.Jean Grimal (5 décembre 2007)

J'ai vu autour du 11 septembre dernier une émission, pour une fois fort intéressante à propos du coup d'Etat fasciste de Pinochet en 1973. Il y avait là l'ambassadeur US au Chili de l'époque. Il a dit à un moment textuellement : "Allende voulait arriver au socialisme par les élections, pourtant, Castro lui avait dit que ce ne serait pas possible, nous le savions nous aussi..."
N'avons-nous pas assisté à un n-ième épisode de cette vérité sans cesse renouvelée ? Le poids de l'idéologie dominante, même dans un pays dirigé par les progressistes est tel que, à moins de briser l'Etat bourgeois en établissant la dictature du prolétariat, on peut humaniser le capitalisme, mais pas toucher à ses structures profondes. Or ce projet de constitution, fort intéressant, contenait des mesures de type socialiste, introduisant la propriété collective des grands moyens de production.
Assez intéressant au moment ou, en Europe, depuis deux décennies on nous abreuve avec d'autre voies pour aller au socialisme, l'impérialisme US, lui, ne s'y est pas trompé.

10:21 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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