25/12/2007

Ernesto « Che » Guevara: 40 ans après ...

Né à Rosario, en Argentine, le 14 juin 1928, exécuté à La Higuera, en Bolivie, le 9 octobre 1967. Sur les flacons d’after-shave, sur les montres et les horloges, les slips, les drapeaux dans les stades de foot, les couettes, les portefeuilles …. 40 ans après sa mort, le portrait du « Che » est partout. Mais qui était-il vraiment? Comment vivait-il? Quelles étaient ses idées, quels étaient les idéaux pour lesquels il a sacrifié sa vie?

Hans De Vriend et Bruno Stas
03-10-2007

Une vie de lutte contre l’injustice

Che Guevara en ministre de l'Industrie visite une entreprise. (Photo Raul Cordes et Alberto Korda)

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Ernesto Guevara est né en Argentine le 14 juin 1928. Très jeune, il devient asthmatique. Une maladie qui le poursuivra toute sa vie, mais qui l’aidera aussi à se forger une volonté de fer.

Le Che étudie la médecine. Durant ses études et après l’obtention de son diplôme, il voyage à travers tout le continent latino-américain. Le second voyage qu’il entreprend sur sa moto a inspiré le célèbre film « Carnets de voyage ». C’est au cours de ce voyage qu’il va rencontrer le peuple et se rendre compte de la misère effroyable dans laquelle il vit. Les mines du Chili et du Pérou, les paysans sans terre de Colombie et du Venezuela le marquent profondément.

Pour payer ses voyages, Ernesto fait toutes sortes de boulots (convoyeur de marchandises, matelot, photographe et même plongeur dans un petit restaurant à Miami). En 53, il se rend au Guatemala. Là, il travaille comme médecin pour le syndicat et soutient le gouvernement progressiste d’Arbenz. C’est là aussi qu’il rencontre sa première épouse, la péruvienne Hilda Gadea. Quand les Etats-Unis envahissent brutalement le pays, Ernesto fuit au Mexique. Il y rencontre Fidel Castro et s’associe à son projet de libérer Cuba. Ernesto est surnommé le « Che » parce que, comme la plupart des Argentins, il ponctue toutes ses phrases avec le mot « che ». Avec Fidel et d'autres, ils débarquent le 2 décembre 1956 sur la côte sud-est de Cuba et entament une lutte révolutionnaire.

Très vite, le Che se distingue pour ses qualités combatives et humaines. Son autorité met fin aux tensions entre les révolutionnaires. Mais il s’intéresse aussi aux besoins de tous les camarades. Le Che organise de grandes offensives – la plus importante étant l’attaque de Santa Clara – qui mettront fin à la dictature de Batista. Le 1er janvier 1959, Batista plie bagages et deux jours plus tard, le Che et Fidel entrent à la Havane, acclamés par la foule. Le Che s’est entre-temps remarié avec Aleida March, une guerillera blonde qu’il a rencontrée lors de la bataille de Santa Clara.

Le Che est chargé de la réforme agraire, il devient président de la banque nationale, il est nommé ministre de l’industrie et ambassadeur auprès des Nations Unies. Le Che est également l’inspirateur du travail bénévole, encore aujourd’hui fortement ancré dans la tradition cubaine.

En 65, il écrit sa célèbre lettre d’adieu à Fidel et au peuple cubain : « … d’autres régions du monde réclament ma modeste contribution… ». On connaît moins l’émouvante lettre d’adieu adressée à ses cinq enfants, Hildita, Aleidita, Camilo, Celia et Ernestito (voir ci-dessous). En avril, il se rend au Congo avec un groupe de soldats cubains. Mais très vite, ils doivent battre en retraite face à l’armée de Mobutu qui bénéficie de l’appui de mercenaires. Un an plus tard, le Che se rend clandestinement en Bolivie. Avec un petit groupe de guerilleros, il fonde l’Armée de Libération Nationale de Bolivie dont le noyau est composé de soldats de nationalités diverses. Le Che prend le commandement de cette armée.

Le 8 octobre 1967, Che Guevara est blessé au combat dans le ravin du Yuro. Les militaires boliviens le capturent. Il est clair que cet homme, symbole de la lutte pour la justice, ne peut être laissé en vie. Le 9 octobre, à 13 h 10, le Che est assassiné sur ordre de la CIA dans la petite école du village La Higuera.

Le fils de l'assassin du Che remercie les médecins cubains

Mario Terán est le sous-officier qui a assassiné le Commandant Ernesto Che Guevara. Il agissait sous les ordres des généraux Barrientos et Ovando, de la Maison Blanche et de la CIA.

Le fils de ce monsieur vient de remercier dans El Deber, un journal bolivien, les médecins cubains qui viennent de rendre la vue à son vieux père, après l’avoir opéré de la cataracte, dans le cadre de l’Opération Miracle (aide médicale cubaine en Amérique latine pour soigner les yeux).

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Quels étaient ses idéaux ?

On a écrit un tas de choses sur le Che mais on lui donne rarement la parole. C’est là une habile manière de le neutraliser politiquement.

On le présente comme un doux rêveur, un aventurier romantique, un leader de guérilla raté. Qui était-il vraiment ? Nous l’avons laissé s’exprimer sur six points1.

Che Guevara, le père

Alors que le Che s’engage dans la lutte au Congo en 1965, il écrit la lettre suivante à ses enfants.

« A mes enfants

Si un jour vous avez à lire cette lettre c’est que je ne serai plus parmi vous.

Vous m’aurez presque oublié et les plus petits ne se souviendront de rien.

Votre père a été un homme qui agit comme il pense, et qui sans aucun doute a été fidèle à ses convictions.

Devenez de bons révolutionnaires. Etudiez beaucoup pour maîtriser la technique qui permet de dominer la nature. N’oubliez pas que la Révolution est ce qu’il y a de plus important et que chacun de nous, tout seul, ne vaut rien.

Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui, où que ce soit dans le monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire.

Adieu, mes enfants, j’espère encore vous revoir. Un gros baiser de Papa »

L’importance des études

Le Che était un vrai rat de bibliothèque. Adolescent, il lisait déjà les ouvrages marxistes dans la bibliothèque de son père. Plus tard, il a écrit : (...)Il (Marx) interprète l’histoire, explique sa dynamique et prévoit l’avenir. Il va au-delà de son devoir scientifique puisqu’il formule un concept révolutionnaire. Il ne suffit pas de comprendre la nature des choses, il faut également la modifier. » Pourquoi il y a-t-il tant de misère et pourquoi le fossé entre riches et pauvres ne cesse de s’élargir ? Pourquoi les Etats-Unis sont-ils aussi violents ? L’étude du marxisme apporte à ces questions la meilleure des réponses.

La brutalité de l’impérialisme

Les médias occidentaux banalisent la violence avec laquelle les armées américaines et occidentales s’en prennent à la population en Irak et en Afghanistan. C’était déjà le cas à l’époque du Che. Le Che était à chaque fois outré par la brutalité de l’impérialisme. Au Congo, par exemple, la révolte des nationalistes congolais après l’assassinat de Lumumba a été réprimée par les mercenaires et les paras belges, qui ont assassiné des centaines de milliers de Congolais. « Ces événements nous ont appris deux choses. Tout d’abord la bestialité de l’impérialisme, qui n’est pas liée à une frontière ou un pays en particulier. Les troupes d’Hitler étaient des bêtes tout comme le sont les Nord-américains aujourd’hui ou les paras belges (…). C’est la nature de l’impérialisme qui fait des hommes des bêtes, qui les transforme en prédateurs sanguinaires, prêts à égorger, à tuer. »

Liberté conquise par la lutte?

« Nous ne pouvons ni ne devons entretenir l’illusion que l’on peut conquérir la liberté sans lutte. Cette lutte ne ressemblera pas à une explosion de colère que l’élite au pouvoir peut réprimer en quelques jours... Ce sont eux qui nous imposent cette lutte, nous n’avons pas d’autre choix que d’engager le combat. » Le Che se rendait bien compte que tôt ou tard la lutte entre les opprimés et les oppresseurs serait inévitable. « La violence n’est pas la propriété des exploitants, les groupes exploités peuvent aussi y recourir. Je dirai même qu’ils doivent y recourir au moment opportun. » Il ajoute qu’il faut être prudent à ce propos : « Il est tout à fait correct d’éviter les sacrifices inutiles. »

Une conviction inébranlable

« Le communisme est le but de l’humanité, (…) C’est la société idéale, la profonde aspiration de l’homme pour aller de l’avant ». Pour accéder au communisme, la première étape est le socialisme: « Pour nous, il n’est d’autre définition valable du socialisme que l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme ». 

« Nous devons être fiers d’être les pionniers de la construction d’une société socialiste en Amérique latine. C’est pour nous un honneur et un exemple. Un exemple dont les pays d’Amérique latine peuvent s’inspirer. » Aujourd’hui, 40 ans après sa mort, l’exemple de Cuba est effectivement de plus en plus suivi en Amérique latine : Venezuela, Bolivie, Equateur...

Le Che et Fidel Castro, aéroport José Marti, La Havane. (Photo Raul Corrades et Alberto Korda)

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Nécessité d'un parti

On ne peut être communiste tout seul dans son coin. Il faut un parti. Le parti communiste c’est l’avant-garde mais cela ne signifie pas qu’il est au-dessus ou isolé des gens. « Les meilleurs ouvriers sont introduits dans le parti par leurs camarades. ... Le parti est un exemple vivant. » Le rôle du parti c’est aussi de veiller à ce que grâce à sa force organisationnelle les idées révolutionnaires deviennent réalité : « Sans organisation les idées perdent de leur force. Elles tombent alors dans la routine et puis dans l’oubli. »

L’homme nouveau

Le capitalisme est inhumain. Le Che voulait en finir avec ce système. Il a renversé l’échelle des valeurs. « La vie d’un seul homme vaut mille fois plus que toutes les richesses de l’homme le plus puissant du monde. »

Pour le Che, l’homme est au centre de la révolution. C’est pourquoi les premières priorités de la révolution cubaine ont été l’organisation d’une campagne d’alphabétisation à grande échelle, les réformes agraires, l’emploi, les progrès en matière de soins de santé, la gratuité de l’enseignement, etc. Pour réaliser tous ces objectifs, on avait besoin de nouvelles structures. « Pour construire le communisme il faut, parallèlement à la rénovation de la base matérielle, créer un homme nouveau. »

« L’individualisme en tant que tel, en tant qu’acte solitaire (…), doit disparaître. L’individualisme de demain doit être le dévouement tout entier d’un individu au profit de la collectivité. »

Fidel Castro a dit du Che: « Ceux qui ont éliminé le Che et l’ont fait disparaître ne comprendront jamais que les traces qu’il a laissées resteront à jamais gravées dans l’histoire. Son regard prophétique est devenu un symbole pour des milliards de pauvres dans ce monde. (…) Ensemble nous poursuivrons la lutte pour un monde meilleur2. »

1 D’après M. Vandepitte. Che, « Niet voor watjes » dans « In de voetsporen van Che », publié par Initiative Cuba Socialiste, 2004. • 2 Prononcé le 17 octobre 1997, lors de l’inhumation de la dépouille mortelle du Che et celles de ses camarades morts en Bolivie.

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Le Che, l’exemple pour tous les révoltés

Que représente encore le Che pour les jeunes aujourd'hui?

De prime abord, rien ne lie cet Argentin au cœur gros à deux jeunes belges de six décennies ses descendants. Ni la situation sociale, ni la situation politique. L’Amérique Latine et son sous-développement, l’Europe et ses fastetés. La dépendance contre la société de consommation.

Pourtant, son parcours exemplaire l’érigeât en symbole pour des millions de gens, frères d’infortunes dans la misère des peuples exploités ou doux rêveurs irascibles et révoltés dans le berceau de la civilisation.

Le Che nous a laissé après sa mort le rêve de l’Homme Nouveau qu’il voulait voir se développer. Ce qu’il attendait de l’homme, il se l’est d’abord exigé de lui-même. D’étudiant en médecine de famille aisée qu’il était, il s’est transformé par force de caractère, en un révolutionnaire exemplaire. C’est ce travail sur lui-même qui doit être avant tout une source d’inspiration pour nous, jeunes révoltés.

Ses qualités sont guides d’action. Le Che incarnait la fusion entre l’homme d’idées et l’homme d’action. Intellectuel au départ, son goût prononcé pour son travail, sa faculté à se mettre au service du peuple l’écarte des schémas traditionnels de l’intellectuel centré sur son propre monde et le place indiscutablement au statut d’exemple pour notre génération.

Réapproprions-nous le Che, redécouvrons sa pensée, son œuvre, son parcours ; portons haut les couleurs de l’Internationalisme. Que la célébration des quarante octobre passés depuis sa mort soit l’occasion de faire honneur au véritable Che, celui qui trône dans le cœur de tous les révoltés. (Bruno Stas)

En savoir plus sur le Che

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23:27 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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