24/01/2008

24/01/2008: Hugo Chávez et les otages colombiens ...


-------- Message original --------
Sujet: CHAVEZ ET MARULANDA CONTRE BUSH ET URIBE
Date: Thu, 24 Jan 2008 17:40:22 +0000 (GMT)
De: FISCHER BERNARD <fischer02003@yahoo.fr>


Hugo Chávez et les otages colombiens  


Salim Lamrani  

www.palestine-solidarite.org    
  
 
La persévérance et l’obstination du président vénézuelien Hugo Chávez à obtenir la libération des otages colombiens ont porté leurs fruits. Le 10 janvier 2008, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont procédé de manière unilatérale et inconditionnelle à la libération de Consuelo González et de Clara Rojas, faisant ainsi montre de leur volonté d’obtenir un accord humanitaire avec le gouvernement colombien d’Alvaro Uribe et de mettre un terme à la fois au calvaire enduré par les 44 otages encore détenus par la guérilla – dont Ingrid Bétancourt – et par les 500 prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles gouvernementales1.

 
            Pourtant, l’opération humanitaire lancée par le président vénézuelien – sollicité à cet effet par la sénatrice colombienne Piedad Córdoba – n’a pas été de tout repos. Ayant obtenu dans un premier temps l’accord d’Alvaro Uribe pour entamer des négociations avec les groupes insurgés, ce dernier avait brutalement mis un terme à la médiation internationale le 21 novembre 2007, prétextant une intromission de Chávez dans les affaires internes de la Colombie, alors que les tractations prenaient une tournure positive. En réalité, Bogota – tout comme Washington – n’était guère enchanté de l’éventualité d’une libération négociée des otages, préférant privilégier une issue militaire contre les FARC2.

 
            Loin de baisser les bras, Chávez a fait preuve de persistance et a obtenu l’accord des FARC pour la libération des deux femmes. Mais le 31 décembre 2007, alors que plusieurs hélicoptères de la Croix-Rouge se trouvaient stationnés à Villavicencio, prêts à recueillir les otages, Uribe en a profité pour lancer des opérations militaires, avec le soutien de troupes étasuniennes, dans la zone où était censée se produire la remise des prisonniers. La guérilla a été forcée de suspendre son projet humanitaire3. Consuelo González a apporté son témoignage à ce sujet : « Nous avons senti les bombes tomber à quelques mètres de l’endroit où nous nous trouvions [et nous avons entendu] les hélicoptères et leurs mitrailleuses4 ». « Uribe a dynamité […] l’opération », a déclaré pour sa part le président vénézuelien5.

 
            Suite aux nombreuses pressions internationales émanant d’Amérique latine et d’Europe, Uribe a été contraint de céder et l’opération a finalement débouché sur la remise en liberté de Consuelo González et de Clara Rojas le 10 janvier 2008. L’Etat-major des FARC a également lancé un appel : « Nous sommes une force belligérante qui attend d’être reconnue par les gouvernements du monde. Cette démarche aplanirait le chemin tortueux du peuple de Colombie à la recherche de la paix. Notre lutte est légitime ». La guérilla a tenu à remercier Hugo Chávez pour son implication : « Le monde ne doute pas que son cœur immense bat sincèrement pour la paix en Colombie et la rédemption des peuples6 ».

 
            Les otages libérés ont exprimé leur gratitude à l’égard du leader vénézuelien. « Merci beaucoup, Président. Vous nous aidez à vivre de nouveau », a déclaré Consuelo González7. La communauté internationale a chaleureusement félicité l’initiative du président vénézuelien et l’a invité à poursuivre son effort de médiation. La parlementaire colombienne Piedad Córdoba a souligné le soutien massif reçu de la part du continent latino-américain et de l’Europe, afin de « poursuivre le chemin tracé par le Président [Chávez], [obtenir] la libération des otages, et surtout de parvenir à un processus de paix en Colombie8 ».

 
Même le président colombien s’est montré reconnaissant à l’égard de Chávez « pour ses efforts et son efficacité dans la libération de [ses] compatriotes séquestrées ». Il en a également profité pour remercier Córdoba, la Croix-rouge ainsi que le gouvernement de La Havane pour leur rôle9. Le président français Nicolas Sarkozy a, quant à lui, salué « l’action diplomatique, imaginative et tenace » du leader bolivarien, dans un courrier du 11 janvier 2008. « En mon nom et au nom de tous mes compatriotes qui ont été sensibilisés par la situation que vivent les otages, je vous prie de recevoir nos félicitations et le témoignage de notre gratitude », a-t-il écrit, invitant Chávez à poursuivre ses efforts10.

           
Le président Sarkozy a également encouragé son homologue colombien à privilégier les discussions avec Caracas. « Cette libération montre que le dialogue entre la Colombie et le Venezuela peut servir pour des nobles causes11 ». Les parents des otages encore détenus se sont rendus au Venezuela pour inciter Chávez à poursuivre sa médiation12 et lui ont remis un mandat humanitaire afin qu’il les représente dans les éventuelles négociations de libération13. Le congressiste démocrate des Etats-Unis William Delahunt a également exhorté le leader bolivarien à redoubler d’efforts dans ce sens, conscient qu’il détient la clé d’une solution humanitaire14.
 
            C’est pour cela que Hugo Chávez a demandé au président Uribe de reconnaître les FARC et l’ELN (Ejército de Liberación Nacional) comme des forces belligérantes et non pas comme des organisations terroristes, seule manière de résoudre le tragique conflit colombien, vieux d’un demi-siècle, et d’obtenir enfin une paix durable. « Malgré tout ce qui s’est passé à la fin de l’année [2007], nous sommes disposés à continuer à chercher des formules pour atteindre la paix en Colombie et dans cet effort, nous devons continuer de travailler à tous les niveaux : avec le gouvernement de Colombie, avec les FARC [et] avec l’ELN. Cela est indispensable », a-t-il déclaré15.

 
Le président vénézuelien a jugé cette étape nécessaire : « Qui peut penser à la possibilité d’un accord humanitaire, de paix, s’il n’y a pas de contact entre les parties qui s’affrontent ? ». Chávez a également dénoncé les pressions exercées par Washington à l’encontre d’Uribe, peu favorable à une résolution pacifique16. « Le premier intéressé par le fait que la guerre en Colombie se poursuive est le gouvernement des Etats-Unis car cela est la parfaite excuse pour maintenir et augmenter sa présence en Colombie », a-t-il conclu17.

           
 Le président bolivarien s’est également prononcé contre les enlèvements de personnes et contre la lutte armée, affirmant qu’il en discuterait avec le leader des FARC, Manuel Marulanda. « Je ne suis pas d’accord avec les enlèvements, c’est quelque chose d’horrible, de contraire à la nature humaine […] et je ne suis pas d’accord avec la voie armée », a-t-il souligné. Si Uribe « reconnaissait l’état de belligérance, […] les FARC entreraient immédiatement dans les protocoles de Genève […] [et] ne pourraient plus procéder à des enlèvements18 ».

 
            L’administration Bush, qui privilégie l’option militaire, s’est immédiatement prononcée contre la proposition de Caracas. « Nous ne suivrons pas ce conseil », a affirmé le porte-parole du Département d’Etat Sean McCormack, car les FARC « méritent leur place dans la liste des groupes terroristes19 ».

 
Le congressiste Delahunt a, pour sa part, exprimé son inquiétude au sujet du financement octroyé par les multinationales étasuniennes aux paramilitaires colombiens, eux-mêmes liés au gouvernement d’Uribe et qui se trouvent pourtant sur la liste des groupes terroristes du Département d’Etat. « J’ai l’intention de réaliser une série d’audiences pour confirmer cette information, puisque financer de quelconque manière que ce soit un groupe terroriste est une violation selon les lois américaines ». William Delahunt a rencontré cinq anciens commandants des AUC (Autodéfenses Unies de Colombie) : Salvatore Mancuso, Jorge 40, H. H., Don Berna et Macaco. « Suite à notre entretien, je me suis rendu compte que l’affaire est beaucoup plus grave et requiert que le Congrès des Etats-Unis procède à une étude détaillée de l’enquête », a-t-il noté20

 
Pour l’instant, le gouvernement d’Alvaro Uribe est plus enclin à résoudre le conflit national par la force, profitant de l’arsenal humain et matériel que Washington met à sa disposition, plutôt que d’essayer de trouver un accord de paix. Lors de sa visite à Paris le 21 janvier 2008, le président colombien a réaffirmé sa volonté d’« écraser les terroristes21 ». Mais il s’agit à l’évidence d’une politique peu constructive qui est vouée à l’échec. La solution ne peut en aucun cas être d’ordre militaire. Les FARC et l’ELN disposent de près de 20 000 hommes et contrôlent une partie substantielle du territoire national. Les Etats-Unis ont dépensé des centaines de millions de dollars pour tenter d’anéantir la guérilla colombienne, sans succès. En revanche, Hugo Chávez est le seul à être parvenu à obtenir la libération des otages et à insuffler un espoir de paix. Bogota ferait preuve de sagacité en comprenant que la solution à la tragédie colombienne ne se trouve pas à la Maison-Blanche mais du côté du Palais de Miraflores.

 


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20:48 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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