29/01/2008

«L’espion qui aime Cuba»...

«L’espion qui aime Cuba»
L’ancien agent de la CIA, Philip Agee sera l'invité d’honneur de Che Presente

Des années durant, il a travaillé pour la CIA américaine. Philip Agee sera l’invité d’honneur de la fête annuelle Che Presente.

Bert De Belder
10-10-2007

« CIA », voilà sans doute l’un des sigles les plus universellement connus et détestés. Des dizaines de films et d’innombrables bouquins en tous genres décrivent soit les exploits, soit les méfaits du service secret américain. Mais rares sont ceux qui le dissèquent et le dénoncent de l’intérieur.

 

Philip Agee a tourné le dos à la CIA et aux Etats-Unis: « Nous appelons cela le monde libre, mais la seule liberté est celle des riches d'exploiter les pauvres.» (Photo archives)

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Philip Agee lui-même a travaillé durant des années pour la CIA, la Central Intelligence Agency. Entre 1960 et 1968, il a été case officer, l’agent qui assure le suivi des sources humaines secrètes de la CIA pour un pays donné. Il a travaillé en Équateur, en Uruguay et au Mexique. En 1975, il déballait le linge sale de la CIA dans son fameux ouvrage « Journal d’un agent secret. Dix ans dans la CIA ». Sur 598 pages, Agee explique comment la CIA fait de l’espionnage dans des dizaines de pays, infiltre et sape de l’intérieur des organisations sociales et politiques, influence les médias, commandite ou commet des assassinats et met sur pied des opérations paramilitaires. Agee vous familiarise avec les différentes sections de la CIA, il vous assène des centaines d’abréviations et de codes (des opérations secrètes, mais aussi de chaque agent de la CIA, comme ECSIGIL-1 ou ECFONE-3), il montre comment, dans la plupart des pays, les stations de la CIA sont tout simplement hébergées par l’ambassade des États-Unis et il révèle pas moins de 250 noms d’agents de la CIA à travers le monde.

Qu’est-ce qui a amené Philip Agee à tourner le dos à la CIA ? « J’ai commencé à réaliser que ce que faisait la CIA en Amérique latine n’était rien de plus que soutenir les structures traditionnelles du pouvoir, permettant à quelques familles de contrôler la richesse, les revenus et le pouvoir de l’État et de l’économie, alors que la majorité de la population en était exclue. Et le seul ciment qui assurait la mise en place de ce système, c’était la répression politique. J’ai décidé que je ne voulais plus y contribuer. »

Sa lettre de démission à l’ancien directeur de la CIA Richard Helms fut une véritable leçon d’éducation politique : « La classe dirigeante en Amérique latine ne renoncera jamais d’elle-même à son luxe et à ses privilèges. Nous appelons cela le ‘monde libre’, mais la seule liberté, dans ces circonstances, est celle des riches d’exploiter les pauvres. C’est une lutte des classes, et c’est aussi la raison pour laquelle les masses se sentent interpellées par le communisme. » Plus loin : « À Cuba, les gens bénéficient de l’enseignement, des soins de santé et d’une éducation à part entière dans le même temps que, sur le plan du logement, de grands progrès ont été réalisés. Il est clair que Cuba est le seul pays qui ait atteint les objectifs sociaux de l’Alliance pour le Progrès. » Ironique, non ? Car cette « Alliance » - un programme d’aide mis sur pied sous le président Kennedy juste après la victoire de la révolution cubaine – voulait justement empêcher, via des réformes, les pays latino-américains de suivre l’exemple cubain.

Tourner le dos à la CIA est une chose mais se mettre à table, c’est une tout autre paire de manches. Et Philip Agee s’en est bien rendu compte. Durant les années qui ont suivi la publication de son bouquin, l’homme n’a plus connu le moindre repos nulle part. George Bush père était à l’époque directeur de la CIA et il voulut mettre Agee derrière les barreaux, et plus encore. Sous la pression des USA, Agee fuit également expulsé de Grande-Bretagne, de France, des Pays-Bas, de l’Italie et de la RFA. C’est ainsi qu’il finit par atterrir à Cuba, où il passe aujourd’hui ses vieux jours – il a 72 ans – et gère l’agence de voyages Cubalinda contre le boycott américain de Cuba.

15:52 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usa, romain, cuba, cia, histoire, courcelles, imperialisme | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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