29/10/2010

29/10/10: CUBA: L’accès à la culture comme un droit humain...

CUBA: L’accès à la culture comme un droit humain

Par Guille Villar
Traduit par Gérard Jugant
Edité par Fausto Giudice

Il y a quelques jours, je dialoguais avec une amie au sujet de concepts qui virtuellement paraissent une utopie, mais qui pour diverses raisons prennent place dans notre réalité sociale. Elle était d’avis que les produits culturels en provenance du monde entier, d’une manière ou d’une autre doivent être exonérés du paiement d’impôts pour pouvoir être consommés avec le même droit inaliénable que l’eau que nous prenons d’une source ou que le verre d’eau que nous demandons dans une cafétéria. Bien sûr, il y a des manières de rétribuer les créateurs de ces précieux produits culturels, mais l’idée ne cesse d’être juste si nous nous basons sur une phrase aussi ancienne que l’être humain qui peut s’appliquer à notre problématique: “L’eau (la culture) ne se refuse à personne”.
En ce sens, nous les Cubains nous souffrons depuis plus de 50 ans d’un dur blocus économique, commercial et financier imposé par le gouvernement des USA, avec l’objectif d’asphyxier la Révolution sur tous les terrains possibles, et bien entendu, la culture et ses multiples manifestations n’échappent pas à ce siège.

Parmi les postulats de base qui définissent l’essence de notre Révolution, est reconnue la présence de la culture comme un principe consubstantiel pour l’existence même de la nation cubaine. Si grave qu’ait été la situation matérielle durant ces longues années, de toutes manières il y a une conscience de la nécessité pour le peuple cubain d’accéder à la culture comme voie d’affermissement de valeurs et de l’indispensable enrichissement spirituel. Justement, dans un média de masse d’une telle portée comme la télévision, j’ai été le témoin direct et j’ai participé à cette volonté animée par d’aussi nobles principes. C’est la possibilité réelle d’offrir la consommation de culture à ceux à laquelle elle était refusée.

A Cuba, il n’existe pas de chaînes privées de télévision, elles sont publiques et regroupées dans l’Institut Cubain de Radio et Télévision (ICRT), raison pour laquelle on ne diffuse pas de publicités commerciales, voie idoine pour le financement de toute chaîne privée dans d’autres pays.Cette observation est centrale pour définir les différences qui existent entre ces deux systèmes télévisuels opposés. Ainsi, pour une chaîne privée usaméricaine, la présentation d’un concert de Paul McCartney implique un indicateur de bénéfice économique élevé pour les dirigeants de la chaîne par la quantité logique de téléspectateurs qui paieront pour voir ce concert, à Cuba la transmission de ce même concert par n’importe laquelle de nos six chaînes, si elle enrichit quelqu’un, ce sera des milliers de Cubains, très heureux de pouvoir bénéficier aussi de ce spectacle, grâce à la recherche et à la sélection des créateurs
de l’ICRT.

Consuelo Vidal et Sergio Corrieri durant le tournage de Yerma,
premier long métrage de la Télévsiion cubaine, 1964

Des programmes comme Bravo, dédié à la musique de concert, ou De la gran escena comme parties du meilleur de la musique populaire et de concert, ont marqué une différence dont leurs téléspectateurs habituelssont reconnaissants pour le souci de les satisfaire avec des concerts comme celui des Cuatros tenores en Italie ou d’ opéras renommés qui habituellement se voient sur des DVD qui s’achètent dans les boutiques de n’importe quel pays, sauf dans celles de Cuba à cause du blocus. Je me souviens comment durant les années 90, des chaînes privées usaméricaines comme VH1 ou MTV étaientsi saturées de rock alternatif ou grunge, que si quelqu’un voulait une autre option au sein de la musique populaire contemporaine, il devait recourir nécessairement au vaste univers monopolisateur de titres de DVD de prestigieux artistes.

Bien sûr, les sérieux avertissements des réalisateurs de ces concerts enregistrés sur DVD, impliquent de sévères amendes pour ceux qui sur une chaîne privée diffusent le matériel sans le paiement préalable du droit de transmission avec tout ce que cela implique économiquement. A Cuba, comme nous comptons sur une Télévision de service social et que personne ne s’enrichit sur les transmissions, nous payons au Centre de Droit d’Auteur le tarif dû selon les normes internationales qui correspondent au compositeur pour chaque pièce interprétée.

Dans des espaces comme A. Capella ou Musica del mundo, dont j’ai la charge comme réalisateur et scénariste, je jouis de la sensation d’apporter à des milliers de téléspectateurs des programmes d’une valeur culturelle incontestable comme un concert de Vangelis sur le Parthénon, ou l’interprétation du guitariste John McLaughlin avec des musiciens indiens ou les vidéos les plus récentes du groupe espagnol Ojos de Brujo, parmi tant d’autres. Cela constitue un plaisir infini de faire son possible en ce sens, parce que nous sommes conscients que sans cette possibilité de recherche, de sélection et de préparation des programmes, il est pratiquement impossible que les téléspectateurs cubains puissent connaître et bénéficier de ces matériels. On leur cache une information culturelle appropriée et actualisée pour le pêché supposé d’avoir choisi de vivre dans une société différente. En dernière instance, devant l’aveuglement
de la part des gouvernants en place à La Maison Blanche qui refusent de lever le blocus, personne ne doute que si une excellente musique éditée en DVD par une firme usaméricaine arrivait entre nos mains, nous le ressentirions comme si c’était de l’eau ou de la nourriture pour nécessiteux, et nous essaierions de faire en sorte qu’elle apparaisse sur le petit écran de millions de foyers cubains.

Djamal Benmerad
Journaliste, écrivain
Bruxelles
Portable: 00 32 (0) 471 30 11 01
http://barricades.over-blog.com/

20:40 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuba, romain, courcelles, histoire | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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